Les Transportants de Kisangani Baleinières, Armateurs et Développement Réel en République Démocratique du Congo
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Abstract
Depuis les années 1990, les baleinières en bois se sont imposées comme alternative efficace tant aux pirogues monoxyles (lingala : bwátu) motorisées qu’aux pousseurs aux barges métalliques (masúwa) sur les voies fluviales de la République démocratique du Congo. Afin de comprendre le succès et l’impact des baleinières, cet article croise les trajectoires matérielles des baleinières naviguant en province de la Tshopo avec les trajectoires professionnelles de leurs propriétaires. Avant de devenir armateur, ceux-ci furent majoritairement d’anciens commerçants ambulants dans l’économie populaire locale, qui acquirent ainsi de l’expérience dans la navigation fluviale. Une combinaison de données quantitatives et qualitatives montre que le succès des transportants de Kisangani découle d’un jeu complexe et imbriqué de circulations de matériaux, de techniques, de personnes et de savoir-faire. Ces transportants désignent l’assemblage des baleinières et de leurs armateurs, liés par des relations de codépendance et conditionnement mutuels. En dépit de naufrages fréquents dus notamment au manque de formation et à la pression économique néfaste dans une économie capitaliste insuffisamment régulée, l’impact des transportants est tangible, concret et considérable. Il se déploie en dehors de toute politique publique et produit ainsi un « développement réel » du transport et de la mobilité. Ce développement se caractérise principalement par son impact économique effectif, plutôt que par sa contribution aux indicateurs de modernisation. Ce développement se manifeste par un réseau grandissant de transport fluvial qui suit les besoins des populations locales, ainsi que par la formation graduelle d’un nouveau groupe socio-professionnel: les armateurs de baleinière.
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Since the 1990s, wooden “baleinières” (whaleboats) have emerged as an effective alternative to both traditional dugout canoes (Lingala: bwátu) and metal push-boats with barges (masúwa) on the waterways of the DR Congo. To understand the success and impact of these grassroots innovations, this article crosses the material trajectories of the whaleboats navigating in Tshopo province with the professional trajectories of their owners. Before becoming ship owners, most of them were former itinerant traders in the local popular economy, who thus acquired experience in river navigation. A combination of quantitative and qualitative data reveals that the success of Kisangani’s “transportants”, i.e., the actant bundle of baleinières and their owners in mutual dependence and conditioning, stems from a complex and intertwined interplay of circulations of materials, techniques, people, and skills. Despite frequent shipwrecks due to insufficient training and economic pressure in an underregulated capitalistic economy, the impact of these carriers is tangible and considerable. It is carried out entirely without any public development policy and thus enables a “real development” of local transport and mobility, which is characterized by its economic impact rather than its value as an index of modernisation. This development is manifested in a growing network of river transport that follows the needs of local populations, as well as in the gradual formation of a new group of entrepreneurs: the baleinière owners (armateurs).